À l’échelle mondiale, le secteur des déchets (qui inclut la gestion des eaux usées) représente environ 3 à 5 % des émissions globales de GES, selon les estimations du GIEC. Toutefois, cette part varie fortement d’un pays à l’autre. Dans plusieurs petits États et États insulaires, les émissions liées aux déchets peuvent atteindre 20 à 30 % du total national. Des parts élevées sont observées au Costa Rica (28 %), au Ghana (23 %), en Bulgarie (21 %), en Eswatini (20 %), au Bhoutan (20 %), en Géorgie (18 %), en Jordanie (17 %), au Salvador (16 %), au Niger (15 %) et en Syrie (15 %).

De plus, il faut noter que le principe de comptabilisation des émissions, qui vise en premier lieu à éviter le double comptage, entraine une invisibilisation des émissions du secteur. En effet, le transport des déchets, les activités de recyclages, et la production d’énergie à partir des déchets sont comptabilisés dans les secteurs du transport, de l’industrie et de l’énergie... Ainsi, le potentiel potentiel de réduction par les actions prévention et de gestion déchets représenterait 15 à 25% des émissions globales.

Climate Watch (2021). In. FSWP (2025). « Map 1 - Share of GHG emissions from the waste sector in total emissions, 2021 », Atlas on Waste Management and Climate Change Mitigation, p. 14.

Il existe trois leviers principaux de réduction des émissions des GES issues du secteur des déchets.

La prévention

Ce premier levier sous-tend en amont une consommation plus sobre en ressources, le recours à l’éco-conception, et les « 8R » (refuser, repenser, réduire, réutiliser, réparer, rénover, remettre en état, et reconvertir). La mise en œuvre de ce levier, permettant la réduction des volumes de déchets, a le plus fort potentiel d’atténuation. Une attention particulière doit être donnée au gaspillage alimentaire, afin d’éviter les émissions liées à la production inutile et au traitement de ces déchets qui peut devenir source d’émissions de méthane.

Gérer les biodéchets et éliminer le brûlage à l’air libre

Ce second levier de réduction consiste à mettre en œuvre une gestion des déchets conformes à la GER, dont l’objectif principal défini par la Convention de Bâle est la protection de la santé et de l’environnement. On estime que près de 40% des déchets municipaux produits dans le monde sont mal gérés. L’enfouissement des déchets sur des sites ne mettant pas en œuvre les bonnes pratiques de construction et d’opération entraine des émissions de méthane. Le brûlage à l’air libre ou les feux spontanés sur des décharges à ciel ouvert produisent du carbone suie.

Ces deux types d’émissions ont un très fort effet réchauffant. Leur réduction est une opportunité d’atténuer rapidement le changement climatique, mais aussi de protéger la santé et l’environnement. En effet, le méthane reste dans l’atmosphère pendant une douzaine d’années, et a un potentiel de réchauffement global 84 fois plus élevé que le CO2 sur une période standardisée de 20 ans pour le calcul des équivalents CO2. Les émissions de méthane étant très impactantes pour le changement climatique à court terme, des mesures prises dès maintenant permettent un effet immédiat pour freiner la tendance de réchauffement.

Note d’information sur les émissions de Méthane

Valorisation de la matière recyclée et de l’énergie produite par les déchets

Ce troisième levier propose des modes de traitement des déchets permettant d’éviter des émissions qui seraient autrement produites par la consommation de ressources fossiles dans d’autres secteurs (ex : industries, chauffage urbain). L’énergie peut provenir de la méthanisation des déchets organiques, du captage de biogaz dans les centres d’enfouissement techniques, des Unités de valorisation énergétique (UVE), ou encore de la production de Combustible solide de récupération (CSR).

Ce levier constitue les maillons finaux de la transition vers l’économie circulaire et la priorité restera toujours le levier de prévention, pour réduire les impacts climat, mais aussi pollution et biodiversité.

Opportunités de valorisation énergétique
PFD (2025), Atlas sur la gestion des déchets et l’atténuation du changement climatique, p. 40.

Renforcer la sobriété et l’économie circulaire

Réduire les volumes de déchets signifie réduire la production inutile de biens, lesquels nécessitent de l’énergie et des ressources - et produisent donc d’importantes émissions de gaz à effet de serre- lorsqu’ils sont transformés en produits finaux. Il s’agit d’un changement à long terme qui nécessite l’action de tous les acteurs industriels et des pouvoirs publics. Le plaidoyer des professionnels du secteur des déchets contribue à inspirer ce changement.

Le renforcement de l’économie circulaire est un moyen de conserver des ressources en les utilisant plusieurs fois à des fins diverses (prioritairement comme matières premières et à défaut sous forme d’énergie). Au-delà de la nécessité de respecter les limites planétaires en réduisant l’extraction des ressources, l’économie circulaire peut et doit être conçue pour réduire les émissions de gaz à effet de serre lors de la production des biens nécessaires.

Les professionnels du secteur des déchets doivent travailler main dans la main avec les autres secteurs : contribuer à l’éco-conception, fournir des matières premières et de l’énergie à faible teneur en carbone, et développer un marché pour l’énergie et les matériaux récupérés.

Au-delà de la nécessité de respecter les limites planétaires, l’économie circulaire peut et doit également être conçue pour réduire les émissions de gaz à effet de serre liées à la production des biens essentiels, conformément aux 10R et à la norme ISO 59004:2024.